Toile blanche étendue sur l'herbe,
papier aluminium froissé,
peinture acrylique blanche , noire et encre de chine,
énormes feuilles de rhubarbe fraîchement cueillies en guise de pinceaux
et corps en effervescence .
Voilà pour les outils !
Ensuite :
L'environnement : un prés , un tilleul , de l'air , de la lumière , des ombres , des senteurs .
La scène est prête , reste à lancer la musique et suivre le rythme.
La chorégraphie peut commencer .
L'esprit est libre , léger , suspendu .
Mon corps attend un signe , attend la naissance d'un mouvement , d'un geste annonciateur d'un autre qui va lui répondre .
C'est un moment très fragile , un équilibre incroyable , une instabilité qui est due à une multitude de forces contraires qui me mènent dans des espaces fermés , des visions parfois trop formatées .
Je bloque ces tentations , je laisse place à une grande respiration , mon corps se dégage peu à peu de cette gangue de souvenirs , de cette boite à peindre qui est devenue une cage pleins de faux miroirs.
Un geste vient d'un seul coup , la toile reçoit une première couleur . Les autres mouvements doivent compléter la danse avant que la réflexion ne vienne stopper le tout .
Il faut rester dans les sensations . Les émotions doivent être omniprésentes ; fortes contre la tentation de formater , de décrire , de s'expliquer .
Je tombe peu à peu dans un laisser aller délicieux . La pluie vient jouer avec moi . Des gouttes d'eau ruissellent sur la toile qui ressemble de plus en plus à une peau grise parsemée de points de beauté !
Je me surprend à craindre ces événements extérieurs qui viennent s'accaparer de mon espace de création . Mais rapidement je me sens moi même dilué dans cette eau du ciel , des veines inattendues apparaissent sur la surface de la toile , des micro ruissellements changent mon histoire .
Pourquoi craindre ce qui va se passer ?
J'observe le phénomène , déjà des émergences de formes , d'ombres , de lumières se montrent à mes yeux .
J'assemble les morceaux , je recadre l'ensemble .
J'essais d'avoir le dernier mot . La pluie continue toujours son œuvre mais je me décide d'abriter les parties qui me semblent fixées , comme si cette étape était si importante , presque une action d'autodéfense , de protection illusoire .
Je range ces morceaux choisis . Je ne sais pas ce qu'ils vont devenir , ils sont déjà des souvenirs d'une histoire particulière.
Contente de te voir à nouveau avec tes expérimentations et ta présence au monde!
La première vidéo que je vois en sons naturels, ça ouvre une dimension d'imaginaire quant au contexte (oiseaux, pluie…).
J'aime beaucoup les recadrages que tu as faits, et l'utilisation du noir et blanc, toujours. Le tout prend une dimension impressionnante.
Toujours troublant ton travail.....
Eric
Tu dois t'éclater, et être tout simplement en harmonie avec toi, tout ce temps...
De l'esau, des feuilles, du papier ou de la toile, la nature, la couleurs, le vrai, le simple et ce que tu fais, toi, et ce que tu es, toi, à ce moment-là.
Bravo pour ces traces que tu nous fais partager, que tu nous montres à voir.
On est dans l'attente et dans la découverte, même si "tout" a déjà été fait, "tout" est à refaire, et c'est bien ainsi!